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Du dessin à l'image

La génèse de la série Cat's Eyes, expliqué par son créateur, Michel Catz, ses producteurs, Benjamin Dupont-Jubien et Mehdi Sabbar, et le réalisateur, Alexandre Laurent.

Un projet passion


Une envie commune entre passionnés. Voilà comment est née l’idée de cette adaptation du manga culte des années 80. Fans de manga depuis leur plus jeune âge, Benjamin Dupont-Jubien et Mehdi Sabbar, producteurs, et Michel Catz, scénariste et créateur de la série, se sont rencontrés il y a plus de 10 ans.
« Nous sommes de grands lecteurs de manga. Nous en parlions sans arrêt », s’amuse Michel Catz.


Alors qu’ils travaillaient chez Europa Corp, Benjamin Dupont-Jubien et Mehdi Sabbar avaient réussi à acquérir les droits d’Un ciel radieux de Jirō Taniguchi, un mangaka très respecté. « Nous avions pu constater que les négociations avec les éditeurs japonais étaient longues parce qu’ils ont leur propre logique dans laquelle il faut se fondre, mais pas impossibles. En créant Big Band Story, nous avons voulu explorer ce territoire. On avait du temps, l’expérience et une profonde envie ! »


Parmi les nombreuses références de l’univers manga, l’histoire de ces trois sœurs, voleuses d’œuvres d’art, apparaît rapidement comme une évidence. « Cat’s Eye est un manga culte ! A la fin des années 70, dans cet univers du manga très codifié au Japon, les Shonen, qui s’adressent aux garçons, mettent
uniquement en scène des héros masculins. Lorsque Tsukasa Hōjō fait le pari de créer un Shonen en mettant en scène une histoire avec trois héroïnes, il prend un gros risque... mais cartonne très vite, créant une véritable révolution. »


« Mis à part notre amour pour Cat’s Eye et son créateur, il y avait aussi dans cette histoire quelque chose d’assez réaliste par rapport aux autres mangas que nous aimions, continue Michel Catz. Nous cherchions un projet avec des scènes d’action qui soit également « fun », deux caractéristiques présentes chez Tsukasa Hōjō. Son œuvre mêle aussi romance, humour et enjeux familiaux très forts... tous les ingrédients étaient réunis pour réaliser une très belle série !

La rencontre entre deux mondes


Les producteurs se rapprochent rapidement des représentants de Tsukasa Hōjō pour s’assurer de la disponibilité des droits du manga. Le début d’une longue période de discussions... Après la première prise de contact, ils envoient un document très détaillé d’environ 50 pages pour décrire le projet qu’ils ont en tête et se rendent à Rome en 2018 à l’occasion d’une rétrospective sur le travail de Tsukasa Hōjō pour avoir accès à ses proches collaborateurs. Là, ils expliquent à plusieurs reprises leurs intentions... « Ils vérifiaient si on était sérieux et si on connaissait vraiment le sujet, se souvient Benjamin Dupont-Jubien. Il a fallu montrer patte blanche ! Son équipe était très curieuse et ouverte aux propositions mais voulait connaître les moindres détails du projet. »


« Entre le moment où ils ont validé artistiquement le premier document et celui où on a signé, il s’est passé 5 ans ! précise Mehdi Sabbar. Pendant cette période, on a eu des contacts quasiment toutes les semaines. Le plus important était de construire une relation de confiance. Il existe peu d’adaptations de manga en Europe et aux Etats-Unis parce qu’il y a souvent une incompréhension entre les Japonais et les Occidentaux, un vrai choc des cultures. Nous avons été en concurrence avec d’autres producteurs européens et américains. Nous avons finalement obtenu les droits parce que les ayants droit ont apprécié la démarche artistique - l’idée de faire une Origin Story* -, et parce que l’on a transposé l’univers de ces trois sœurs à Paris et en 2024, avec l’ambition de raconter une histoire très moderne. Tsukasa Hōjō a beaucoup aimé l’idée de voir ses héroïnes arpenter les rues de la capitale française ! »
*En fiction, récit qui décrit les événements et les circonstances qui ont conduit les héros à devenir ce qu’ils sont.

Ou comment les sœurs Chamade sont devenues les Cat’s Eyes...


Le manga raconte l’histoire de trois sœurs qui volent des œuvres d’art ayant appartenu à leur père, mystérieusement disparu, dans l’espoir de le retrouver. Elles sont poursuivies par un flic, qui est également le petit ami de l’une d’elles, et ignore tout de ses activités.


L’idée de s’intéresser aux origines des Cat’s Eyes pour cette adaptation est arrivée naturellement. « Je regardais la série quand j’étais petit avec mes deux sœurs. On se demandait comment ces trois filles avaient commencé à voler, pourquoi leur père avait disparu... se souvient Michel Catz. En développant le projet, j’ai voulu répondre à ces questions, leur créer un passé, une vie.»


« Aujourd’hui, les prequels nous semblent logiques, mais personne ne s’intéressait à la genèse des héros dans les années 80, éclaire Benjamin Dupont-Jubien. Dans le manga, Tsukasa Hōjō ne traite jamais des origines. Nous sommes restés très respectueux de son œuvre et avons cherché à conserver l’esprit du manga tout en le réinventant et en prenant un maximum de libertés. Ainsi, nous avons gardé les principaux personnages, même si certains résultent de la fusion de plusieurs ou que d’autres ont été totalement créés. Il y a énormément de références à l’œuvre originale parce qu’on la connaît très bien, mais Michel Catz se l’est vraiment appropriée pour créer une série résolument contemporaine.

Des voleuses... mais pas des criminelles


La première préoccupation de Michel Catz a été de développer les personnages pour mettre en évidence leurs motivations.


« Il fallait qu’elles aient été séparées pour expliquer leurs relations. Nous voulions des personnalités très différentes, à des périodes différentes de leur vie : l’aînée est en couple, la cadette est partie vivre à l’étranger et la benjamine débute ses études supérieures. Ensuite, il fallait trouver une mécanique qui permette de justifier les vols, sachant qu’il était primordial pour Tsukasa Hōjō qu’elles s’emparent uniquement d’œuvres liées à leur père. Les sœurs Chamade ne sont pas des criminelles, d’ailleurs elles n’ont pas d’armes ! »


Et puisque les vols de tableaux sont au centre de l’histoire, une attention toute particulière a été apportée à chaque scène pendant l’écriture. « J’adore les films de braquage ou de casse comme L’Arnaque, les Mission : Impossible ou la série des Ocean’s Eleven. Pendant l’écriture, c’était un réel plaisir de trouver à chaque fois une spécificité, une technique différente, pour offrir une grande variété sans nous répéter. Il y a toujours des surprises ! C’était d’ailleurs déjà présent dans les épisodes du manga. »


Tout au long du développement, l’une des priorités a été d’écrire une histoire crédible. « On prend certes des raccourcis dans la narration mais tout est réaliste. Si on se permet quelques excentricités, chaque « pouvoir » des sœurs Chamade est justifié. Dans le passé, elles ont déjà fait de l’alpinisme, de l’aïkido, du Parkour... Elles ont des aptitudes qu’elles perfectionnent au fur et à mesure et qui expliquent comment elles parviennent à réaliser de tels exploits pendant leurs cambriolages."

Des femmes d’aujourd’hui


Volonté de réalisme oblige pour ces Cat’s Eyes nouvelle génération, exit les tenues en lycra et les chaussures à talons hauts. Place aux baskets et aux combinaisons pratiques !


« On avait pour habitude de dire que les lois de la gravité s’appliquent à nos personnages, expliquent les producteurs. Dès lors, impossible de les mettre en talons pour courir sur les toits ! Nous voulions des tenues réalistes, fonctionnelles et modernes. Il y a eu un gros travail sur les combinaisons à la fois sur le dessin, la matière et la texture.


Elles ont été fabriquées à Valence par l’atelier qui réalise les costumes des films Marvel, mais on a cherché avec eux une matière qui soit pratique, tout en offrant un beau rendu à l’image. Nous avons notamment fait beaucoup de tests avec les lumières. Nous avons aussi longuement cherché avec la chef costumière des teintes qui fassent référence aux codes couleur des combinaisons du manga - bleu marine pour Tam, violet pour Sylia et orange pour Alexia – mais qui soient malgré tout discrètes la nuit."

Paris et ses lieux iconiques au cœur de l’histoire


L’ambition affichée dès le départ pour raconter comment les Cat’s Eyes sont devenues ces voleuses hors pair a été d’ancrer la série en France, et plus spécifiquement à Paris. La capitale est ainsi un personnage à part entière de cette adaptation.


Tour Eiffel, musée du Louvre et château de Versailles apparaissent rapidement comme les trois grands piliers du projet. « Comme nous avons désiré ces grands monuments très en amont, nous avons commencé à négocier pour pouvoir y tourner avant même d’avoir les droits du manga.


Dès que nous obtenions un accord de principe, nous demandions s’il était possible d’avoir une lettre d’intention pour le confirmer. La simple évocation de Cat’s Eyes permettait d’initier rapidement les discussions, sans avoir besoin d’expliquer la promesse. Il y avait toujours des personnes qui connaissaient la série animée et trouvaient l’idée géniale », s’enthousiasme Mehdi Sabbar.


Mais collaborer avec le Louvre, notamment, impose le respect de certaines règles, comme de ne jamais mettre en danger une œuvre ou sous-entendre qu’elle puisse être volée dans l’enceinte du musée. « Notre premier scénario a été refusé car jugé trop réaliste ! Au final, les scènes ont été réécrites en
collaboration avec les équipes du Louvre ».


La série a également investi d’autres grands monuments comme l’Hôtel de la Monnaie, le musée Guimet ou encore le château de Dampont et des lieux emblématiques de la capitale comme les péniches sur la Seine. « On a tourné plusieurs nuits sur les toits de l’hôtel de la Monnaie, une surface immense à sécuriser pour pouvoir faire évoluer de manière sûre les comédiennes mais aussi les cadreurs. » Entre l’obtention des autorisations et les règles de sécurité à respecter, il était très compliqué de trouver les toits parisiens sur lesquels se déplacer. « Ça a pris beaucoup de temps. Il fallait des toits qui soit praticables et offrent de magnifiques vues de Paris. Et comme tous les bâtiments sont éteints à partir de minuit, nous avons fait allumer plusieurs monuments comme le Louvre, les Invalides, le Sacré-Cœur... » Pourun rendu exceptionnel !

A l’assaut de la tour Eiffel !


Quelle plus belle entrée en matière pour montrer l’envergure de la série que de la faire débuter sur le plus imposant des monuments parisiens : la Dame de Fer ! Un vrai casse-tête pour la production qui voulait le cambriolage le plus impressionnant possible malgré les contraintes relatives à l’édifice. Face à l’interdiction de faire voler des drones au-dessus de Paris, la production a installé une structure métallique de haut en bas de la tour Eiffel pour y relier des câbles et installer une caméra déportée. « Jusqu’au jour J, nous n’étions pas sûrs d’obtenir les autorisations ! se souvient Benjamin Dupont-Jubien.
Nous voulions absolument tourner en décor naturel pour obtenir le plus grand degré de réalisme possible. Cela rend les cascades beaucoup plus impressionnantes et participe à la réussite de la série ».


Une priorité synonyme d’énorme défi dont a immédiatement eu conscience le réalisateur, Alexandre Laurent. « Après Le Bazar de la Charité et Les Combattantes, je cherchais un projet à la hauteur. Quand Benjamin Dupont-Jubien m’a envoyé les deux premiers scénarios de Cat’s Eye, je me suis dit que c’était totalement dingue ! Les textes témoignaient d’une ambition folle. Un tel projet ne se refuse pas ! J’étais
convaincu qu’il fallait commencer par la tour Eiffel car réussir ce type de scènes difficiles apporte de la magie à la suite d’un tournage. Mais il a fallu la dompter ! Et en plus des conditions météo difficiles, les délais étaient particulièrement serrés. On pouvait uniquement tourner la nuit car la tour Eiffel est ouverte au public le jour. Et impossible de revenir ensuite parce que les anneaux olympiques étaient installés après notre départ. Pour tenir les délais, des équipes travaillaient simultanément sur plusieurs niveaux. Nous étions parfois très à l’étroit. Au final, on a tourné partout, du sol jusqu’aux antennes. On ne pouvait pas aller plus haut !"

Le plein d’action !


Escalade, bagarre, Parkour ou encore descente en rappel... Cat’s Eyes promet du grand spectacle ! Alexandre Cauderlier, coordinateur de cascades, a été impliqué très en amont pour s’assurer de la faisabilité des différentes scènes, influençant l’écriture des scénarios en fonction des lieux, des délais et des mesures de sécurité. Il a recruté les doublures mais aussi les coachs sportifs pour préparer les comédiennes aux défis physiques qui les attendaient. Avec chaque fois des professionnels différents en fonction des spécificités liées aux personnages (Parkour, escalade, aïkido...). Simon Nogueira, champion de free run, les a ainsi entraînées pour les déplacements sur les toits de Paris ; Lilou Ruel, championne du monde féminine de Parkour, ou encore Williams Belle, l’un des fondateurs des Yamakasi, ont aussi fait partie de l’aventure.


« Camille Lou, qui avait déjà son propre coach, était très en forme physiquement et Constance Labbé et Claire Romain ont une bonne base sportive. L’idée était de leur faire réaliser un maximum de cascades. » Seule limite pour leur exécution : les autorisations des assurances. « On a eu beaucoup de chance d’avoir des comédiennes enthousiastes et motivées, qui voulaient tout faire, même quand il s’agissait d’évoluer à 25 m de hauteur ! »


L’équipe d’Alexandre Cauderlier a également pensé les chorégraphies des combats. « Pendant le tournage, nous avons adapté les scènes de bagarres parce qu’elles étaient trop parfaites. Comme les sœurs Chamade débutent et progressent au fur et à mesure, Alexandre Laurent souhaitait plus d’approximation dans leurs mouvements. Dans le manga, il y a des choses assez surréalistes. On a essayé de trouver le juste équilibre entre réalité et extraordinaire. Dans la série, les comédiennes ne volent pas comme dans Matrix mais une installation avec des câbles nous permettait de faire des éjections et des vols avec une belle amplitude pour un résultat visuel avec un effet "whaou".

Des clins d’œil pour les initiés


Avis aux fans, producteurs et réalisateur se sont amusés à insérer plusieurs références au manga de Tsukasa Hōjō dans le scénario. Mais pas uniquement. Ainsi, le générique français de l’animé, dont tous les fans connaissent la mélodie, a été conservé dans une version aux tonalités modernes chantée par Anne Sila.


« On a essayé de faire des clins d’œil, notamment musicalement. Tout en restant très contemporains, nous avons coloré la série avec des titres iconiques des années 80 que l’on écoute encore aujourd’hui. Les musiciens ont beaucoup travaillé sur les sonorités. Il y a aussi des tonalités funk, électro, rock... et même du Edith Piaf qui représente forcément Paris. Mêler ces styles variés en apportant de la cohérence à l’ensemble a été une tâche ardue. C’est ma série la plus compliquée musicalement. Mais c’est un travail passionnant, à l’image de tout le tournage ! A présent, j’ai hâte que Tsukasa Hōjō voit ses héroïnes prendre vie et j’attends son retour avec impatience."

Ecrit par ShanInXYZ 
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